Lorsque les doigts de Raul Midón glissent sur les sillets de sa guitare acoustique, c’est tout un univers qui jaillit à nos oreilles. C’est dans un élan d’humanité à l’état brut, que cet originaire du Nouveau-Mexique atteint de cécité, exerce sa soul-blues-pop. Révélé en 2005 avec son premier album « State of Mind », il revient aujourd'hui avec
"Synthesis", mettre un peu de soleil, dans nos vies moroses.
Si aujourd’hui tout va bien pour Midón, il faut savoir que musicalement parlant, cela n’a pas toujours été le cas. En effet, il lui aura fallu plus de vingt ans, pour croire en son talent d’artiste. Amoureux de musique depuis son enfance, il s’amuse à fouiller et explorer de long et en large, la riche collection de disque de son père danseur professionnel. Il fait connaissance avec le tango, la pop, la soul ou encore le flamenco. Ayant évolué dans un univers à l’esprit ouvert, la notion de style lui était comme étrangère. Il s’imprégnera de tout cet univers musical, qui jouera bien évidemment une influence capitale sur ses propres compositions futures.
Pendant que papa passe sur scène ou répète, les collègues qui accompagnent ce dernier donnent des cours de guitare à Raul, qui semble trouver sa voie. Assoiffé de musique, il voudra en faire ses études. Son choix se portera sur l’université musicale de Miami, où il apprendra notamment les différents types de jazz et la musique classique. Il était hors de question pour lui d’intégrer une école spécialisée pour aveugles, une volonté qui en dit long sur sa fo

rce de caractère. Il part ensuite pour New York, afin de tenter sa chance dans la ville où rien n’est impossible. Il aligne les petits boulots pour gagner sa vie, allant de chanteur de fête de mariage à compositeur de jingles pour pubs télé. Il enregistre un premier album en espagnol, sans grand succès, qu’il qualifiera plus tard de « naïf ». Il se produit également sur scène en tant que choriste et/ou guitariste aux côtés d’artistes aux origines latines comme lui ; Jennifer Lopez, Shakira, Ricky Martin ou encore Julio Iglesias.
Puis un jour, jouer dans l’ombre de X ou Y ne lui suffit plus. Il se sent enfin prêt à dévoiler son univers au public, et voler de ses propres ailes. En 2004, le réalisateur Spike Lee entre au Joe's Pub de New York, où Raul Midón se produit dans l'un de ses premiers concerts solo. Cette rencontre sera l’étincelle qui enflammera sa carrière. Le bouche-à-oreille amène finalement le producteur Arif Mardin, qui venait de produire « Come Away With Me » pour Norah Jones, à lui faire signer un contrat. C’est ainsi que démarra la collaboration avec Arif Mardin, et son fils Joe Mardin, qui sont les architectes de « State Of Mind ». Un superbe album pop-soul-acoustique, qui sera l’une des œuvres majeures de l’année 2005. On peut entre autre y retrouver une collaboration avec Stevie Wonder à l’harmonica, sur le superbe
Expressions of Love. Suivront ensuite quelques mois de tournée mondiale, où il est particulièrement courtisé par les festivals de jazz. Chose étonnante pour lui, qui se définit en tant qu’artiste pop. Toujours selon lui, sa musique est destinée à un public varié et large, allant au-delà du milieu jazz, souvent peu accessible au grand public.
Toujours aussi inspiré, Raul Midón revient avec un deuxième album contenant sa dose de titres qui sentent l’herbe fraîchement coupée. Les ambiances sont plus variées, on ressent moins le côté jazz élitiste du premier opus, mais plutôt une cohabitation harmonieuse de plusieurs genres. Dans la foulée, il sort deux ans plus tard
"Synthesis", un nouvel album qui poursuit dans la direction prise avec le précédent album, et développe son univers toujours plus accessible, tout en se faisant plaisir avant tout. Il déroule un majestueux tapis de titres purement folk/Soul, rappelle ses origines avec une pointe de bossa brésilienne et concrétise ses influences pop, en réinterprétant par exemple le
Blackbird des Beatles.
La musique de Midón est d’une simplicité « enfantine », mais sa dextérité et sa sensibilité font une nouvelle fois de son œuvre, un véritable bijou. C’est surtout ce désir naturel d’universalité qui le lie si étroitement à l’auditeur et créé cette rare unanimité. Un peu à l’image d’un Marvin Gaye ou d’un Stevie Wonder. Malgré les étiquettes élitistes que la presse a tendance à lui coller depuis sa carrière internationale, Raul Midon confirme son statut d'artiste populaire, et semble dire; "je fais ce que je veux". Durant toute la durée de
"Synthesis", on le sent monter, monter progressivement, jusqu’à effleurer les légendes après lesquelles il court depuis son enfance. Une course dépourvue d'ambitions démesurées. Une musique spontanée. Une musique épurée. Une musique qui traverses le temps. Une musique qui touche plusieurs générations. Une musique qui brise les barrières. Il suffit de se laisser porter, sa musique fera le reste.