La scène soul française n’en fini pas de dévoiler ses talents. Dernier en date Freddy. Pas vraiment un inconnu au niveau de "l’underground soul" car comme la plupart des artistes qui vivent la musique il a donné de la voix sur pas mal de scènes parisiennes avant de sortir le 26 mai son premier album, "Mes couleurs". L’occasion pour nous de revenir avec lui sur cet album mais aussi d’évoquer le vivier soul made in France…Bonjour Freddy, peux-tu présenter aux jammeurs, qui ne te connaissent pas, ton parcours musical ?J’ai commencé par l’écriture. Le chant est venu petit à petit. Je me suis donc formé sur le tas en intégrant notamment divers groupes musicaux dans des chorales de gospel ou de jazz. Mais ma réelle entrée dans le monde de la musique s’est faite avec le groupe rnb, Washa. Dans ce groupe je faisais du chant (pas en tant que lead), et je m’occupais aussi de l’écriture. L’aventure a duré quatre ans. Mais au bout de deux ans déjà, je me sentais un peu frustré de ne pouvoir « que » poser sur des intrus, ce qui me convenait pas forcément. Du coup parallèlement je me suis mis à travailler la musique en me mettant au clavier.
Dans cette œuvre, Tony Desvarieux, mon frère de son, m’a beaucoup aidé. On peut dire que c’est lui qui m’a poussé, mais surtout aidé, à la production. D’ailleurs, il a co-signé pas mal de morceaux sur l’album.
A ce titre peux-tu nous dire avec qui tu as travaillé sur l’album ?Pour l’écriture, j’ai écrit moi même tous les textes de l’album. J’ai également composé tous les morceaux de l’album en me faisant notamment aider par Tony Desvarieux, P.Y. Calvat M.Seban... Guillaume Poncelet s'est occupé des arrangements sur l‘album.
Depuis combien de temps travailles-tu sur cet album ?J’ai commencé à réfléchir sur l’album depuis plusieurs années déjà. Pendant cette réflexion j’ai tâtonné pour savoir ce qu’était ma couleur musicale. J’ai eu des gros coups de cœur musicaux qui m’ont aiguillé. Mais c’est vraiment en 2005, l’année de ma rencontre avec Guillaume, qui m’a permis d’aller au bout de ce que je voulais faire : de la soul, jazz, mixés avec du hip hop, du rnb avec une touche de chanson française !
Quels sont les thèmes qui tu abordes dans cet album ?Je parle beaucoup des rapports de homme/femme, des histoires de couple. J’ai vraiment essayé grâce à mon vécu de décortiquer la mécanique du couple (rire). Beaucoup de morceaux traite de ce thème comme « j’t’aime », « faut qu’ça m’vienne » ou « Mes couleurs ».
Mais j’ai aussi abordé d’autres sujet qui me tenait a cœur comme le morceau « je t’imagine » en hommage a mon grand père. Ou des morceaux un plus léger comme « Elle veulent tout » un morceau un peu parodique sur les femmes ou « sur le coton » qui parle d’un gars qui se fait d’un bad trip en soirée !
« Sucre ébène » me rappel un certain classique de la nu soul…Exact, c’est un clin d’oeil au fameux « Brown Sugar » de D’Angelo. C’est un morceau dans lequel j’aborde la beauté de la femme noir et métisse, et de ce qu’elles m’inspirent…
Pour en revenir a toi, j'ai remarqué que tu as fait pas mal de scènes. Notamment avec Oncle Ben, Rony…La scène c’est ce que je préfère. On peut dire que c’est ce qui me pousse à faire des chansons. C’est un moyen d’expression, un moyen d’échange mais surtout un moyen de faire vivre mes morceaux. L’album reste un support figé avec certaines teintes. Mais sur scène je sais que ça peut rapidement évoluer vers de nouvelles ambiances, rendre un morceau calme plus funky ou roots par exemple.
On devrait donc te retrouver rapidement sur scene !Je serai au Club Med World le 27 juin pour le Soul Nation, je prévois évidemment de faire d’autres scènes mais en ce moment je me concentre sur la promo de l’album. On [Freddy et son equipe] doit sortir un single puis tourner le clip pour juillet. Mais on hésite encore sur le choix du titre !
Entre quoi et quoi ?On attend les différents retours sur l’album..Mais c'est vrai que je ne sais pas encore !
Si cela peut t’aider, j’ai vu sur divers forum qu’il y avait pas mal de bon retour pour "j’t’aime"…C’est un morceau que j’aime beaucoup en effet. Il fait partie des singles potentiels…
Est ce un choix d’avoir fait un album sans aucun featuring ?Je t’avoue qu’il y a deux ans j’ai essayé d’avoir des featuring…Mais il y avait pas mal de contraintes, j’ai eu deux faux plans, ça m’a refroidi. Je me suis dit bon ok, ce n’est pas grave je ne vais pas non plus attendre les gens pour faire mon propre album. Je me suis ressoudé autour de mon équipe. Je ne trouve pas ça négatif pour autant. Car je présente mon univers, je montre que je me suis construit tout seul : je n’ai pas eu besoin d’être parrainé par untel ou untel.
Dans l’avenir j’aimerais collaborer avec certains artistes comme Oxmo Puccino, Saien Supa Crew ou… Teri Moise !
Au vu de tes goûts musicaux, tes influences musicales doivent être aussi variées…J’écoute beaucoup de soul : D’Angelo, Al Green, du hip hop organique : Black Star, The Roots, Common, Slum village, de la chanson française : Nougaro, Michel Jonasz, Teri Moise…
Je ne sais pas si j’ai réussi, mais j’ai vraiment essayé de mélanger tout cela. D’avoir le côté soul dans la forme et le fond, et de mixer les rythmiques hip hop sur des mélodies recherchés avec des textes de chansons françaises.
Ici on a une culture de la langue française, et je ne voulais pas que mon album soit du copier/coller de ce qui se fait au niveau US. Je voulais avoir ma touche personnelle.
Est ce que le public français peut, à ton avis, être réceptif à un album de soul français ? Il y a déjà eu quelques précédents avec Sandy Cossett, Stephan Filey, mais qui n’ont pas connu de succès commercial…Moi, je ne me pose pas la question. J’ai juste voulu faire un album que j’aime, pour me faire plaisir sans me poser la question du marché. Sinon tu n’avances pas. En écoutant mon album je ne veux pas avoir de regrets, je veux me dire : yes ! Ça correspond à mon style, à ma musique. J’ai juste envie de faire la musique pour la partager avec des gens, si ça marche tant mieux. Sinon je ne lâcherai pas, car la soul c’est tout ce qui m’anime.
Je ne suis pas seul dans ce cas la. Il y a plusieurs personnes de la scène soul underground qui font des trucs pour faire avancer les choses à l’instar de Rycko, Pi-R, Sly Johnson, Sandra Nkake, Oncle Ben, Larry Paul, Virginie Vallet…Ce sont des gens habités par la soul. Si tu te soucies du marché alors tu vis plus rien.
D’ailleurs tu avais collaboré avec Pi-R……et je collabore toujours avec lui ! On a quelques morceaux au frais pour la suite…(rire)
Sinon pour revenir à la scène underground, je trouve que c’est un vivier de talents. Tu sais que dans le hip hop français, y a en qui font du Slum Village ou du Common ! Comme Daz-Ini, La Tribu du Chef Guida, Detroit Concept…ils ont la même démarche que moi, faire le son qu’ils aiment en français. Si tout le monde fait du Booba, Sinik, Kery James, on ne va pas s’en sortir.
Tu ne penses pas qu’on puisse quand même faire des morceaux accessibles au grand public sans pour autant que cela soit considéré comme du "commercial" ?Oui je suis d’accord, mais bon comme je l’ai dit je ne me pose la question de savoir si c’est accessible ou non, je fais la musique que j’aime. Ma démarche n’est pas de savoir si ça va se vendre ou non. Tiens, regarde Common. C’est un gars qui a su rester dans sa veine mais en ouvrant son horizon. Du moment que tu restes intègre et que t’aimes ce que tu fais il n’y a pas de soucis.
Ce qui me ferait le plus mal, ça serait d’avoir un album que j’aurai du mal à assumer. Moi cet album je l’assume à 100%, et je le défendrai quoi qu’il arrive.
Pour en revenir à l’album pourquoi le titre "Mes Couleurs" ?C’est pour dire, voilà mes couleurs musicales ! Ma palette se compose de la soul, du hip hop du jazz, du rnb et de la chanson française. Tout ceci compose mon univers, ce sont mes couleurs !
Le sous titre vol.1 est il annonciateur d’une trilogie ?En fait c’est un clin d’oeil à des artistes que j’apprécie comme Jill Scott (cf. "Words and Sounds, Vol. 1") ou Black Milk (cf. "Sound of the City, Vol.1" ). Le sous-titre est aussi là pour indiquer les différentes ambiances que les gens pourront retrouver sur l’album…En tout cas je peux te dire que le vol.2 est en chantier...
Tu gardes donc contact avec les artistes avec qui tu fais de la scène…Oui, à force de faire des scènes avec les mêmes personnes on apprend à se connaître. Il y a un esprit de groupe au sein de la scène soul underground à travers lequel on partage beaucoup.
En ce moment je collabore avec Oncle Ben pour la sortie de son album. On a vraiment la même vision de la musique…
Déposée le 20/06/2008 par Sasiharan a.k.a Jazz - Source: rnbjam.com - vu 2310 fois