Salut Jacques, on va te situer un peu, tu fais partie d'un groupe qui s'appelle donc Jacques Daoud Revue, tu peux nous expliquer le concept?
Jacques Daoud Revue est un groupe qui déjà pour commencer porte mon nom, la Revue ce sont tous mes acolytes, mes musiciens avec qui j'ai développé ce projet, depuis déjà trois ans... C'est avant tout une bande de potes, qui a réussi à mettre un disque dans les bacs, à monter un projet live! Ce projet part avant tout du live et l'album a suivi derrière.
Y'a 7 musiciens, à savoir: Greg, bassiste, qui compose les morceaux avec moi, Florent le batteur, Félicia qui n'est autre que ma soeur et qui m'fait hélas de l'ombre (rires), Bruno, que l'on nomme le cerveau, il co-écrit avec moi tous les textes, Philippe le guitariste, chanteur, cinéphile aussi, on s'en fout mais j'le dis. Ai-je oublié quelqu'un... ah oui Romain, surnommé Romano, le beau gosse de service, lui aussi me fait de l'ombre d'ailleurs...
Tous ces gens qui te font de l'ombre, tu l'vis bien ou... ?
Pas toujours, mais j'suis obligé... j'veux dire, si j'avais pu faire toutes ces choses tout seul, j'l'aurai fait. Mais on peut pas, donc...
Si t'as des choses à dire sur ton équipe, si tu veux balancer, on peut y aller. Sache qu'on sera discrets...
Bah j'peux pas l'dire trop fort y'a ma soeur qui arrive... Non mais j'rigole, on est avant tout une bande de gais lurons, on s'amuse bien, on est un peu l'antithèse de plein de choses qui se font.
J'veux pas dire par là qu'on est des anarchistes contre le système musical, bien entendu on en fait partie nous aussi, de ce système, mais notre maxime à nous c'est « Tous pour un, un pour tous », des vertus que le bizness fait disparaître. Un communaturisme... euh
Communautarisme.
Merci Lady, heureusement que t'es là toi! Ces vertus-là se font rares, vous l'savez, les artistes le savent, donc Jacques Daoud Revue malgré ce qu'on peut en penser à prime abord, c'est un homme qui n'est pas tout seul. (s'adressant à quelqu'un dans la loge d'à côté) Euh, j'suis en interview, silence s'il vous plait!
(Philippe arrive)
Bah Philippe viens, tu peux faire l'interview avec moi! Fais pas l'timide! De toute façon faudra que tu dises un mot, j'ai parlé de toi j'ai dit que t'étais un cinéphile averti! Donc y'a une chaise vide, tu peux venir nous rejoindre.
(Philippe décline, par peur de faire de l'ombre à Jacques. On est mal barrés, l'interview part déjà en délire total...)
Jacques Daoud Revue, c'est quelque chose que j'ai connu par le biais en fait de vidéos à l'époque, ce qui retenait notre attention dès le début, c'était l'aspect potes, l'aspect délires. C'était surprenant, cette ambiance, mais tous ces gens-là, tu les as rencontrés comment? Lors de concerts, d'impros en soirée, des potes d'enfance?
Un peu tout ça en fait, par exemple si j'prend mon pote Bruno dit « le cerveau », il a plusieurs attributs comme ça, le cerveau mais aussi le délégué syndical, bref: lui j'l'ai connu lorsque j'avais 10 ans. Après, tout au long de notre parcours, pour ceux qui savent pas j'ai commencé par faire des choeurs pour Teri Moise, j'ai fait des remplacements sur des groupes de funk parisiens, là j'ai rencontré Philippe...
Toutes les personnes qui ont retenu mon attention et avec qui j'ai eu un feeling, j'ai pas forcément pris les meilleurs pour ce groupe...
(Philippe à côté: Merci ça fait plaisir!)
J'ai pris surtout des personnes avec qui j'me sentais grandir, avec qui y'avait quelque chose à faire: j'pars du principe que tout seul on n'y arrive pas. Donc j'ai pris des gens comme moi. Tous ces projets avant la revue, d'house-funk, de concerts au Club Med, etc etc... c'est là que j'ai rencontré Romain, j'avais besoin d'un clavier pour le Club, etc etc... et puis ma soeur aussi.
Ma soeur, j'avais besoin d'une présence féminine, j'avais des copines avec qui j'avais déjà fait des choeurs, ma soeur aussi qu'était là, qui chantait, qui était la personne la plus proche de moi: l'esprit du groupe elle connaît!
Et puis toutes ces personnes en connaissaient d'autres, donc forcément, y'a eu un effet boule de neige! Greg m'a fait rencontrer Matthieu, le mec qui réalise les clips, etc etc... Notre site web, c'était une personne qui venait nous voir à nos concerts, qui était pote d'Emilie, chargée de communication, c'est vraiment un projet de potes.
Concrètement, tu peux nous retracer l'historique du groupe, comment on en est arrivés à sortir un album?
Bah c'est Bruno et moi, potes d'enfance, on a commencé à écrire des morceaux. Stefan Filey avec qui j'bossais...
(arrive Félicia)
Voici Félicia, ma soeur. Ca va ou quoi?
Félicia: nan, j'me suis pris la porte, j'peux plus bouger la main... ça fait super mal. J'ai mis d'l'eau froide ça a un peu dégonflé mais bon...
(Jacques est refroidi) T'as mis un froid sur l'interview là!
Revenons à nos moutons, la musique que joue ton groupe, c'est quoi pour toi?
Des chansons, du groove et des chapeaux!
Tu peux revenir un peu sur les chapeaux là? Ca m'intrigue ce trip.
Ce trip là, ça vient du fait que dans la Revue, on porte tous des chapeaux. C'est vrai que c'est difficile de retranscrire sur un disque, ce qu'on fait sur scène: à savoir les chorés, le look etc etc... Du coup dans cet album, qu'est-ce qu'on voit de prime abord, un groupe, on entend les chansons, et on voit des chapeaux. C'est simple non?
Par rapport à ça, tu parles de l'album. Vous préférez le live ou ce sont deux choses totalement différentes?
Disons que y'a des morceaux qui ont été composés en live, Insomniaque par exemple, qui sont vraiment issus du live. Jamais Peur, c'est une chanson composée en guitare voix, que j'ai soumis au groupe, on s'évertue à mettre ça en forme, et ça a donné cette version sur l'album, un peu différente du live. Y'a d'autres morceaux comme Fruit défendu, qui a été composé sur le tard, fin d'album.
L'album a mis combien de temps à se créer en gros?
Pour qu'il se fasse??? J'serais tenté de te dire... presque 10 ans. Y'a des morceaux comme C'est La Pluie qui ont 12 ans, voir 15 ans. Dans cet album j'ai mis tous les morceaux que j'aimais, ce que j'ai de mieux.
Après la réalisation de l'album, 2 ans. On a bossé par étapes, les aléas de l'autoprod! On peut pas se permettre d'enregistrer tout d'un coup, pas les moyens!
Niveau de l'autoprod justement, c'est un format que tu apprécies? Vous avez été signés du coup ou pas?
Bah oui, l'album est sorti chez Naive. Mais en distribution, je précise. Jacques Daoud Revue ne sont pas des artistes Naive.
Mais ce format me convient, avec le recul j'aurai pas préféré être signé en major, à l'époque j'dis pas, j'ai essayé, j'ai déposé mes maquettes aux maisons de disques et j'me suis fait refoulé. Par contre ils m'ont rendu service: en me rendant compte que les portes se refermaient, ça m'a poussé à chercher, à développer un concept, une identité. J'me rappelle surtout d'un directeur artistique, que je ne citerai pas, à l'époque j'étais allé le voir, il bossait dans une grosse major et il m'a sorti: « C'est bien ce que tu fais, c'est live et tout, ma femme elle kiffe, les patrons ils kiffent, mais faut que ça brille! Faut des paillettes dans un projet comme ça! »
Et j'comprenais pas ce qu'il voulait dire par là, j'ai compris après: dans un projet comme le notre qui se veut vraiment « artistique » et non pas que formaté, ça implique qu'il faut donner un peu à manger dans l'assiette, apporter une touche, aider les gens à suivre ton délire. Là maintenant c'est vrai que La Revue, les chapeaux, les costumes, tout le show, font que même quand on va en province et qu'on joue devant des gens qui sont pas forcément amateurs de ce genre de musique, et bien le show amène quelque chose. Et ce que j'ai compris.
Quand il me parlait de paillettes, ça voulait dire: habille ton histoire, fais en sorte que les gens comprennent ton délire. Et je remercie ce gars.
« La revanche du fainéant » c'est un truc dans lequel vraiment on se retrouvait, c'est plus qu'une chanson mais un hymne! Maintenant que l'album est sorti, de bonnes critiques, qu'est ce qui vient après?
Oui, de bonnes critiques, pas mal d'auto-critique aussi: qu'est ce qu'on peut faire pour aller plus loin, c'est quoi le délire ensuite, le concept il parle à telle personne mais pas à d'autres... Jacques Daoud Revue, c'est un peu une chrysalide, on est pas finis encore. Ca nous a permis, à défaut d'avoir une grosse major, qui tout de suite nous aurait permis de mettre le paquet, ça nous a permis de jouer en province, des petites salles: rester humbles! Et ce parcours là ressemble énormément à la façon dont l'album s'est construit. Y aller petit à petit.
Là tout se passe bien, j'touche du bois, on va signer avec quelqu'un de compétent, pas en maison de disques, mais quelqu'un qui s'occuperait de la communication... lorsqu'on est en indé, comme nous, le plus dur c'est de se faire entendre en radio, et il semble qu'on ait rencontrés une personne qui nous permettra ça. Une chance de peut-être sortir un single et de pouvoir passer en radio.
Sur cet album y'a quand même beaucoup de chansons qui bougent, qui auraient pu sortir en radio... y'a pas un petit goût amer, à savoir que y'a eu de bonnes critiques, le disque a bien tourné, et au final, c'est con mais c'est un album qui méritait une super promo... pas déçu?
Non parce que c'est pas ma philosophie! J'suis quelqu'un d'optimiste, là l'album est fait, il est sorti en juin dernier, et jusqu'à la fin de cet été j'continuerai à le défendre! C'est pour ça que c'est cool d'avoir rencontré quelqu'un qui nous permette de sortir un single. J'prend un exemple tout bête, mais un mec comme Corneille, faut savoir que son album a décollé au bout d'un an et demi! La logique des majors veut que l'on sorte un album, hop on presse de suite, on veut des résultats tout de suite. J'vois des artistes qui sont vraiment talentueux, ils font un album, hop la major dit « non, ça passe pas en radio », single, deuxième single, troisième? Ca marche pas, on oublie! Alors que ces artistes, ils pourraient leur faire faire du live, les mettre sur le terrain.
L'autoprod, ça fait peur. Je suis dedans, maintenant je sais comment ça fonctionne, mais on m'aurait dit ça au début j'me serais pas embarqué dedans... c'est une vraie quête! Galérer a été un avantage. On a tous collé des affiches, on a tous participé à la production, au sein de ce projet y'a des lieutenants qui aident à que ça aille mieux. Mais l'avantage c'est que je sais tout ce qui se passe sur ce projet, j'connais tout le monde, même celui qui va coller les affiches.
On a envie de te parler un peu de la suite artistique, le passage au second album. Vous êtes arrivés avec un projet audacieux, comment vous allez vous démerder pour passer ce cap? Des idées?
Oui ça fait peur! Mais la peur est un moteur aussi. On va commencer déjà, à écrire des chansons. C'est comme ça que j'ai convaincu des personnes au début, en leur ramenant des chansons, guitare/voix, à mettre en forme. Deuxième album, ça sera ça, même si on est plusieurs maintenant, mais je ne perds pas de vue l'appareil: faire des chansons, c'est ce qui nous donne confiance. Là on commence à avoir quatre cinq chansons qui sonnent, et on se connaît un peu plus, on peut se permettre plus de choses, ce qui va être intéresant, ça sera la prise de conscience, savoir ce qui a plu au public, aux critiques, en quoi tout ce monde a été favorable. Cette « Revanche du Fainéant », les gens ont été sensibles au concept, ça veut peut-être dire que sur le deuxième album faut approfondir l'histoire, soigner sa plume... Avoir eu de bonnes critiques dans Télérama ou quoi, ça me fait penser que les gens ont été sensibles à la forme, cette musique funk et rnb en même temps, légère, mais qui a quand même un propos: sous-jacent, peut-être que les gens se disent qu'on est un peu naifs mais qu'en même temps on est capables d'avoir du sens.
Qu'est ce qui selon toi, attire les gens en concert? Quels sont les retours du public sur l'album, la scène? Parce que la critique c'est sympa, mais c'est pas ce qui achète des disques...
Les gens retiennent du live notre énergie positive, le sens du travail et le show! C'est de ça qu'il s'agit! Quand à l'album, chacun y va de son bon commentaire, certains préfèrent le live...
C'est le souci de notre live, il sert autant qu'il nous dessert! Parce que les gens ils sont là, c'est pas une branlette intellectuelle mais ce qui me fait plaisir quand on me parle de cet album, c'est quand les gens nous disent que les textes sont soignés, et que surtout, y'a de bonnes mélodies! On est des mélodistes. Les gens, des fois, ne se rendent pas compte, mais si eux ne comprennent pas, c'est que c'est de notre faute: si les gens ne retiennent que le show, les choré, etc etc... D'où ce trio! Ce trio accoustique qui va plus à l'essentiel en live, deux guitares une voix, c'est radical, y'a pas de bluff!
Un album live, vous y pensez?
Entièrement live? Ca serait plus dans le cadre d'un DVD alors. Ca m'ferait kiffer, de toute manière on y travaille déjà, le concert de ce soir est filmé, c'est pas anodin, on évolue vers ça et quand le moment sera venu...
Revenons donc à ce fameux trio... vous êtes 7 sur scène en temps normal, donc nouvelle approche. Comment ça c'est fait?
Pour être franc avec vous, quand j'vous dis que j'suis pas tout seul... Ca faisait un ptit moment que certains membres de la revue dont Bruno qui est là, et Greg le bassiste, me tannaient avec cette histoire de formule à trois.. mais moi j'étais pas pour, la peur de me mettre à nu sur scène comme ça. De manière générale, que ce soit les courts métrages, à chaque fois qu'on me proposait quelque chose je disais non! Comme quoi faire confiance aux autres c'est important! Quand on m'a proposé la première fois de faire des films, des teasers, j'ai dit: pourquoi? Mais en fait c'était délire! La force du groupe elle est là!
C'est ça aussi le truc important pour moi, les gens ils voient Jacques Daoud Revue, ils peuvent se dire que c'est un peu démago, que le mec c'est lui + ses musiciens, alors qu'en fait, c'est vraiment une bande soudée. J'suis pressé de voir ce que ce trio va donner!
Ouais bah vu que c'est la première, j'serais tenté de vous dire: soyez indulgents! On a bossé mais c'est sur que faut être franc, la formule à 7, on la connaît depuis trois ans, on l'a répétée un an avant le premier concert! Premier concert qu'on a fait, on était pas contents! Et le trio là, on y va au culot, c'est frais, c'est le moment de le faire!
Donc c'est la formule qui va prendre place sur toutes les premières parties maintenant?
Oui! C'est bien parce qu'à travers ce trio, les limites que ça impose, mais on peut vraiment trouver une liberté! La Revue c'est vraiment ce que j'ai dans la tête, mais j'en ai un peu vu les limites, par rapport à cet album du moins. La formule à trois laisse une imagination nouvelle, on est que trois mais on se retrouve devant un océan de créativité, y'a plein de choses à faire! Ce qui est simple peut être complexe, en fait.
Niveau premières parties, vous avez fait qui jusqu'ici? Ca se fait comment, les contacts, le bouche à oreille?
Oui, les gens préviennent d'autres personnes, des fois on entend que y'a des personnes qui cherchent des premières parties, on envoie direct un dvd etc etc... Bon on a pas eu beaucoup de chance quand même, on devait faire Billy Paul, annulé deux jours avant, Omar, merci les émeutes à Lille! Couvre feu! Du coup concert, annulé! Là t'es heureux! Bon par contre, Candy Dulfer, saxophoniste de Prince, c'était énorme, le clash avec Juan Rozoff aussi...
Tu peux un peu présenter Juan Rozoff d'ailleurs à nos lecteurs?
Pas très connu de la nouvelle génération mais tous les trentenaires connaissent Juan Rozoff! C'est un personnage qui compte dans cette musique, c'est le premier artiste français, blanc de surcroit, je dis blanc parce que ce vieil adage dit que le groove n'appartient qu'aux renois, mais c'est pas vrai! Grooveur hors pair, un sens du rythme, c'est quelqu'un quand tu l'cotoies qui phagocyte pas mal, beaucoup de talent, c'est vraiment le Prince français.
En parlant de ça, y'aurait des artistes avec qui t'aimerais collaborer?
Le rêve et le délire total, ça serait d'Angelo. C'est mon chanteur préféré... il appartient vraiment à une catégorie précise, c'est le roi du feeling. Il a tout aligné, le hip hop, le funk, la soul, d'Angelo c'est de la haute voltige.
En terme de chanteurs, Paul McCartney, mélodiste, chanteur... de la pop mais c'est superbe. Jody Mitchell aussi. En chanson française, y'en a plein... comme ça, j'aime bien mais j'pourrais jamais collaborer avec, vu qu'ils sont morts: Brassens, Brel... et de la nouvelle vague...
M! Dans son délire, il s'est fait tout seul, les costumes, la zic... le jour ou j'le croiserai, j'espère qu'il se reconnaitra un peu en nous, sous certaines formes. Toute la vague des Corneille, Gage et tout aussi, j'aime bien.
Parlons un peu de la vidéo, des clips, on en parlait tout à l'heure. Faut reconnaître que même si t'étais froid pour ça au début, t'as une équipe performante derrière... est-ce que ça va se développer ou ça va rester en l'état? Tu sais que Kourtrajmé a commencé comme ça, regarde où ça en est maintenant!
Au départ on batissait pas de plan de carrière dessus, j'avais juste des amis réal, cadreurs, etc etc... j'ai suivi ce délire là, on y a pris goût, mais les projets sont relatifs à la musique! Tout ce qu'on fait est en rapport avec ça. J'pense qu'on s'éclaterait à faire un film, d'ailleurs on y pense. On avait déjà fait un court métrage pour le concert du New Casino, diffusé avant le concert. Y'avait une histoire, et à la fin du film, 1 2 3 4 on arrivait sur scène.... Maintenant c'est bien parce qu'on commence à avoir une grosse banque d'images, de films. On a fait un DVD avec notre premier court métrage, diffusé sur notre site à l'époque d'ailleurs.
Et une comédie musicale? Allier le côté funk et le côté comédie?
Ah nan! Nan!!! Pour être franc avec toi on m'a proposé un rôle dans la comédie musicale du Roi Lion! Mais j'peux pas faire ça attend! Y'en a qui le font, tu l'fais ça fonctionne tu chantes un single qui cartonne, c'est une voie comme une autre! Ca peut te lancer!
Ah ouais, cite moi en un à part Garou qu'a percé???
L'autre là, Patrick Fiori! Bon voilà c'est pas des références mais il a un nom maintenant. Tu peux faire une émission de télé et sortir connu aussi! Faut voir comment tu l'vis et comment tu l'assumes! Nous ce qu'on fait c'est le parcours du combattant, comparé à ça.
Ca me rappelle une fois, ou j'ai vu une exposition du peintre, Cézanne. Quand on arrivait dans l'expo, y'avait un grand mur de citations, et à un moment on lisait: « Cézanne, pourquoi vous avez éclaté si tard? » et il répondait: « L'Art, c'est comme une maîtresse, si on fait de l'Art pour s'amuser, elle nous ne le rend pas ». Ce mec, il a fallu qu'il se donne corps et âme pour sortir, et j'avais trouvé ça, cette idée, excellente... Ce qui m'intéresse à l'heure actuelle, c'est le Graal, quand tu as réussi à concilier ce que tu voulais faire et que ça marche, avoir le beurre, l'argent du beurre! Tout le monde dit qu'on ne peut pas l'avoir, moi j'y crois dur comme fer.
Par rapport à ton Graal, t'en es où?
J'suis bien là! Bien sur j'pourrais être mieux, mais j'pourrais être pire aussi. Pourquoi j'aime d'Angelo? Pourquoi ce mec, il m'inspire, alors qu'on est pas dans le même délire? Parce que quelque part, il est vraiment intègre dans sa musique: le Graal, il a l'a touché lui! Il a été inventif, ça a marché!
J'ai pas le talent de ce mec et personne ne l'a, ce qu'il a fait c'est le plus dur dans la zic: arriver avec une forme qui n'est pas commerciale à la base et devenir le numéro 1. Le mec est fort, d'ailleurs une première partie de d'Angelo ça m'plairait bien.
Bon allez, on va être un peu plus sérieux, on a parlé d'auto prod, de majors, etc etc, y'a un gros débat auquel on peut pas couper en ce moment, concernant le téléchargement. Projets de loi votés, etc etc, quelle est votre opinion par rapport à ça, la Revue, sachant que vous aviez mis des MP3 en libre téléchargement sur votre site, etc etc... Tu penses que ça aide, ça freine? Quelle est ton opinion rapport à ça?
Pour être franc? J'en ai pas! J'en ai pas parce que je ne m'y suis pas intéressé, j'ai d'autres choses à penser en fait. C'est tellement démoralisant quelques fois, l'auto prod, que si tu commences à rentrer dans ce genre de trucs, ça te démoralise encore plus. Ce que je vois, là, c'est que la musique est en crise. J'suis là, il se dit des choses, des lois se votent, mais j'ai pas le temps de me pencher sur la question! On est tellement au taquet sur le groupe, que du coup... j'devrais mais pour le moment, j'm'y suis pas penché.
J'dis ça mais en contrepartie y'a des déclarations qui me choquent, Louis Bertignac, de Téléphone, qui propose lui de faire toute la zic gratos, hop hop hop, et on se rattrape sur les lives... Quand tu t'appelles Bertignac, ouais c'est cool. Ca me choque ça, parce que quand t'entends ça, c'est la mort des petits, c'est clair.
Je ne sais pas ce que je veux, mais je sais ce que je ne veux pas! Après ouais, heureusement y'a le live, nous, artistes, on arrive au pire moment! Quand on a sorti l'album on nous l'a dit: vous sortez votre album au pire moment de l'industrie du disque! C'est la guerre.
Pour l'instant, sur l'album, les ventes sont satisfaisantes, mais on ne s'en soucie pas trop, on fait notre truc, on kiffe, le reste, on le laisse à d'autres... les chiffres et tout, si fallait y penser, on composerait plus. Même si très prochainement y'aura surement moyen de faire du chiffre, en sortant un single et tout, grâce à un contact. Un mec qui bosse avec des gens très connus... du coup l'album peut avoir une seconde vie, on a pas dit notre dernier mot! Et on fera les comptes au mois de juin, au bout d'un an d'exploitation.
On parle de l'album, mais nous notre terrain c'est le live, on a pas peur d'un Corneille, d'un Sinclair, on les attend de pied ferme, mais sur le terrain! Tu vois c'est un peu Blanche Neige, on se regarde dans la glace en se disant: qui a le meilleur live??? Miroir, qui est le plus funky?
On sent que t'es fier de ce côté live.
Clair que c'est pour ça que j'me bats! On fait pas de la zic pour la postérité ou quoi, là j'ai assez d'images pour que quand ma fille aura grandi et me demandera: « Papa, tu as fait quoi? », bah écoute j'ai fait un album, des scènes, des lives... c'est plus glorieux que de dire que j'ai fait la Star Ac! J'rencontre mon idole, d'Angelo, j'lui dis quoi!
L'autre fois, j'ai rencontré Robert Glasper. Pour tous les lecteurs de RnBjam, faut en parler de ce mec... C'est le clavier de Bilal! Lui, il a sorti un album chez Blue Note Jazz. Gros mélange jazz, hip hop et tout. L'autre fois j'le rencontre, j'lui fais écouter notre son, et il a kiffé, j'lui ai filé le DVD du groupe, aujourd'hui on correspond et c'est une bonne rencontre! Tu vois, c'est la musique qui parle!
A l'heure d'aujourd'hui, pas de regrets?
Aucun. Je kiffe tout ce qui m'arrive, vraiment. J'suis là, l'underground, ça m'va!
Plus tellement undergound quand même.
C'est petit, Jacques Daoud Revue! Tant qu'on aura pas breaké, qu'on aura pas passé un titre en radio, ça restera underground! On est pas des grands! On est des artisans de la musique!
C'est sur ces mots que notre entrevue s'achève, les répétitions n'attendent pas... nous avons en tout cas avec Ladyliah passé une super soirée, pleine de funk, de délire, de bons souvenirs musicaux et extra-musicaux. Manger un chinois avec un Daoud, ça n'a pas de prix, sauf peut-être celui des nems. Passer un moment privilégié en coulisse avec le staff, ça n'a pas de prix non plus, sauf celui de la contorsion tant les loges étaient petites... un grand merci à eux, en tout cas, pour leur disponibilité, leur bonne humeur et leurs délires.
Déposée le 10/03/2006 par Dj Nuckles et LadyLiyah - Source: rnbjam.com - vu 798 fois