Interview › Kayna Samet

Kayna Samet

Salut Kayna, présente toi à nos lecteurs, rafraîchis-leur la mémoire du moins !
Je m’appelle Kayna Samet, j’ai 24 ans et mon premier album sort le 30 mai…

Parle-nous de tes débuts… comment as-tu commencé à chanter ?
Je fais de la musique depuis un bon petit moment, parcours d’artiste classique, partie de province, j’ai œuvré dans un premier temps régionalement et j’ai essayé de faire quelque chose de plus national… J’ai commencé à chanter quand j’étais petite, disons à l’âge de 10 ans, en cours de musique en 6ème, y’avait une représentation à la fin de l’année, il fallait un solo, et la prof trouvait que je chantais juste, donc je m’y suis collée… A l’époque, mes copines me demandaient de chanter les chansons qui passaient à la radio, je voyais que ça faisait plaisir aux autres… Peu après je me suis tournée vers le rap, de par ma personnalité, les valeurs et l’éducation que j’ai reçue, je ne pouvais pas chanter un RnB clinquant, tournant autour des thêmes du style « Ce soir c’est la fête », etc… J’ai aussi vécu pas mal de choses, et le rap étant une musique à l’écriture plutôt autobiographique, triste, c’est ce qui m’intéressait et m’intéresse toujours dans la musique.

Quels sont les artistes qui t’ont influencé dans ta tendre enfance ?
On peut citer Donny Hathaway, Marvin Gaye, Gladys Knight & the Pips... J’ai une culture musicale assez anachronique, j’ai du commencer à approfondir ça y’a 3/4 ans… Autant d’artistes vers lesquels je me suis dirigée quand j’ai compris qu’en France, la musique c’était plus un produit qu’autre chose, dans le top 50 par exemple : avant la musique à l’époque de la Motown par exemple c’était autre chose, Stevie Wonder & co, la vraie musique quoi… En Hip Hop, je citerai Nas : un mec street et qui a su le rester… Le Wu Tang, Fat Joe, et en France des gens comme les Psy4 de la Rim, Sinik, Kenny Arkana… j’étais très rap français à un moment, en 98, j’étais à fond dedans…

Venons-en à tes premières apparitions… En 2000, un morceau sur une tape qui est restée dans les annales du RnB français, j’ai nommé le RNB 2000 International de Cut Killer et DJ Abdel Le morceau s’appelait « Vas-y, pars ». Bonne expérience de travailler avec les ténors du Double H ?
Double H en fait, j’ai gagné un concours dans le Sud de la France, qui me permettait de fabriquer un maxi à 500 exemplaires, un maxi 4 titres. On a rajouté un peu de sous pour faire un truc propre. Puis on a pris l’Officiel de la musique, on a vu l’adresse du Double H, et on l’a envoyé comme ça, sans trop y croire… Ils nous ont rappelé pour RNB 2000, et puis par la suite pour la Squale.

Et à partir de ça ?
A partir de ça j’ai rencontré Matt sur un plateau de télé d’une émission du cable, il était là-bas pour faire son morceau avec Def Bond, j’avais mon maxi dans les mains, je lui ai laissé, un an après quand il préparait RnB 2 Rue, il m’a appelé pour un morceau, j’ai rencontré son équipe, j’ai signé chez Barclay, le maxi de « Blazée de la life » est sorti… C’est cette rencontre avec Matt qui a réellement été importante, car grace à lui j’ai rencontré son compositeur et son manager avec qui je travaille encore aujourd’hui, des gens avec qui j’ai fait cet album. Après mon maxi est arrivé entre les mains de Booba (« Destinée »), IAM…

Le fait que tu sois quelqu’un qui ait un passé de rappeuse, une influence hip hop, a du énormément influencé ton album ?
Ouais, il l’a influencé car j’ai gardé les codes de la rue, le message hip hop, un morceau par exemple parle de l’incarcération de mon frère à un moment de ma vie où il n’était pas là, donc la haine envers l’injustice, un autre morceau parle de Florence Rey, un fait divers en 1994 (une jeune fille qui tua un chauffeur de taxi et plusieurs policiers, NDLR), j’essaye de parler de ce qu’elle a du ressentir, essaye de me mettre dans sa peau… Des morceaux sur mon père, sur des thêmes familiaux, je parle beaucoup de ma famille dans cet album car c’est pour eux que je me bat. J’ai aussi gardé des côtés techniques du hip hop : rythmique, certains de mes flows sont entre le rap et le chant, j’pense notamment à « Besoin de renaître », ou y’a pas mal de débit… J’pense que j’ai gardé les codes, c’est quelque chose qui fait partie de moi.

Prévu à la sortie dans peu de temps, « Entre 2 Je », puisque c’est comme ça qu’il s’appelle, est ton premier album solo. Que représente-t-il pour toi ?
Entre 2 Je, c’est un titre qui représente déjà ma mère, issue de l’immigration, elle est arrivée en France à 20 ans, avec des codes, des valeurs de là-bas… c’est un peu un album sur le choc des cultures, qu’il soit celui entre la France et mon pays d’origine l’Algérie, entre hip hop et soul, entre rap et chant, entre « J’vais super bien », « J’vais super mal », je suis quelqu’un d’assez excessive dans mes états… Mais « Entre 2 Je », c’est toute ma vie, franchement c’est le projet de ma vie. Ca fait 3 ans que je suis tous les jours à penser à ça, là l’album est parti et on verra bien…

Pourquoi avoir retravaillé « Blazée de la life » pour le transformer en « Ecorchée Vive » ?
C’est parce que le son était ancien, j’avais envie de le revisiter, de le rendre plus dramatique, j’avais envie de faire en sorte que « Blazée de la life » se mute en « Ecorchée vive » comme si la première chanson décrivait un état chronique, et que la deuxième c’était quelque chose d’installé, qui faisait partie de moi, j’ai voulu aller chercher plus loin dans la dramatique de la musique on va dire…

Rapport à l’Algérie, tu y retournes assez souvent ? Quel lien t’unit à ce pays, toi qui est née en France ?
En fait je n’y suis pas allée souvent, peut-être 3 ou 4 fois, mais je compte bien y retourner prochainement… Ce pays, c’est surtout dans l’éducation que y’a eu des confrontations, des choses que par exemple ma mère ne comprend pas, ne comprendra jamais. Ma mère est quelqu’un qui a tout reconstruit ici avec 3 enfants, elle a eu cette force et ce désespoir de se battre tous les jours, son réveil réglé à 6h du matin pour partir au travail avec un café, et si elle se lève pas y’a rien dans le frigo… C’est cette réalité-là qui m’a donné la force, l’exemple de ma mère. Ce mélange de fragilité et de force qu’on retrouve dans ma musique, dans ma voix. A certains moments on dirait que j’vais décrocher, mais j’décroche pas… Ma mère a été un très bel exemple.

Quid des gens qui ont travaillé avec toi pour les featurings ?
Sur l’album, il y aura Soprano, Sinik, Le Rat Luciano sur un remix et Mobb Deep…

Mobb Deep ? Comment s’est passée cette collaboration pour le moins inattendue ?
C’est mon manager qui m’a dit : y’a peut-être moyen de les avoir… Jusqu’à ce que j’arrive dans le studio, je n’y ai pas cru, ils sont restés une petite semaine, les mecs ont écouté le morceau et ça leur a parlé direct, ils ont posé comme des pros, une belle rencontre.

Qu’évoque pour toi le mot « Soul » ?
Le mot « soul »… profondeur de l’âme. Si on doit faire précis et concis.

Tu représentes un espoir énorme pour la scène française, comment comptes-tu gérer ce succès qui s’annonce de façon à garder les pieds sur terre ?
Oh là… j’ai les pieds bien ancrés sur terre, à partir du moment ou je sais que tout ce qui va m’arriver aujourd’hui, si il doit arriver des super bonnes choses, je me suis battue, j’ai pas fait mon album en 6 mois, c’est pas de la musique chewing-gum à deux balles avec des refrains efficaces, j’ai vraiment cherché à aller au bout des choses et j’défends des valeur nobles, musicales, celles que je retrouve en écoutant du Marvin Gaye ou du Donny Hathaway. Sans prétention aucune je ne me compare pas du tout à ce genre d’artistes, et d’identité musicale. Mais la valeur musicale qu’ils représentaient, je pense en avoir héritée, c’est pour cette raison que j’ai mis autant de temps, que je me suis concentrée… Je pense qu’en tant que premier album, il est important qu’ « Entre 2 Je » me représente vraiment, et musicalement et dans les textes, c’est un peu comme une carte d’identité… J’ai envie de chanter longtemps, je le dis souvent, donc j’ai vraiment eu envie d’amener un souffle nouveau. Je sais qu’on a le mérite d’avoir été, mon équipe et moi, différents, dans la démarche, dans la couleur du son. Je garde les pieds sur terre à partir du moment ou j’ai la foi, et où je sais très bien qu’en sortant d’ici il peut m’arriver n’importe quoi, à toi comme à moi. Je reste consciente du fait que chanter, ce n’est pas plus glorifiant que quelqu’un qui ramasse les poubelles ou qui reste derrière son bureau toute la journée. C’est juste un choix, j’ai toujours su que je voulais faire ça, et je suis fière d’être allée au bout de mes rêves.

As-tu étudié la musique ?
Pas du tout, j’ai plus passé de temps à traîner dans les halls à essayer d’écrire des textes, à rapper, à chanter à droite à gauche… Faudrait que je m’y mette, j’ai une petite oreille musicale qui me permet de pianoter on va dire. Mais j’essaye en tout cas d’approfondir ça, pour vraiment m’impliquer dans la composition. En studio, avec le pianiste, les arrangeurs, tous les musiciens qui ont travaillé sur l’album ont vraiment été au service de mes émotions, je savais dans quelle direction je voulais partir et ils m’ont aidé dans cette mission. Je n’arrivais justement pas à faire ça y’a 3 ans, je n‘avais pas encore de personnalité musicale, j’ai arrêté de rapper, me suis retrouvée juste avec le chant, et il a fallu que je trouve la couleur, le truc qui a fait en sorte que ça colle avec ma peau et qui je suis…

Que penses-tu justement de l’orientation qu’a pris le « RnB » français depuis 2-3 ans ?
RnB français, j’en écoute pas du tout… j’suis là pour parler de musique et j’ai pas l’impression que ça en est. J’crois qu’ils ont gardé les codes bling bling, à parler que de vent… Comme je te dis, je défends les valeurs de la musique, et là ça colle pas. Je trouve le RnB français insipide… Je ne me classe pas du tout dans cette catégorie, et même je ne sais pas me classer au final. Je ne pense pas faire du RnB, je sais que c’est entre le hip hop, la soul, on peut parler de street soul, voir de ce que tu veux tant qu’il reste une connotation musicale.

Quels sont les artistes que tu respectes le plus en France ?
Je me sens proche de Wallen, de part nos origines communes et de ce qu’on défend, je trouve qu’elle a des textes, après Matt, Corneille, je trouve qu’Amel Bent chante mortel bien, je pense que j’ai fait le tour…

Tu as signé chez Barclay pour ce premier album, bonne pioche ? T’ont t-ils laissé la liberté dont tu sembles avoir besoin musicalement ?
Complètement… sinon ils m’auraient pas laissé travailler autant de temps. 3 ans dont 2 ans de travail, je cherchai un peu… Un titre, c’est facile à faire. Un album, c’est une toute autre histoire. Faut trouver l’orientation, et on a mis beaucoup de temps à la trouver, une fois qu’on l’a eue, il a fallu le faire… il se trouve que quand j’ai commencé à démarcher et que j’ai signé, la plupart des producteurs musicaux m’ont fait galérer des après-midi entières dans un bureau, d’autres se sont foutu de ma gueule en me donnant des trucs de merde, donc on s’est dit « Ok, allez tous vous faire foutre, on va tout faire nous-même. ». C’est aussi pour ça que ça a pris du temps, on a tout fait de A à Z. De la première à la dernière note de l’album, ça a été un travail d’équipe, une équipe qui s’est faite dans le temps, avec par exemple Stefan Filey, ex-Sweetness qui a arrangé les chœurs, les musiciens… toujours au service de mes émotions, ils ont vraiment retranscrit ce que j’avais à retranscrire.

La Soul Music est une musique de scène, live, va tu t’essayer à ce jeu ? On murmure une première partie pour le concert de d’Angelo le 29 mai…
J’ai fait la première partie de Roy Hardgrove y’a 6 mois de ça, dans une configuration réduite… on prépare celle de d’Angelo pour le 29 mai, une chance énorme, beaucoup de pression, on va y aller et essayer de faire un truc mortel. Je t’avoue que j’ai hâte d’aller sur scène, il y a une certaine solitude en studio, qui aide pour certains morceaux, en phase d’écriture par exemple, mais sur scène il y a un juste retour des choses, j’ai hâte d’aller au contact des gens, rencontrer mon public, j’en rêve.

Kayna, l’interview touche à sa fin… partons sur une touche un peu plus ludique si tu le veux bien : un portrait chinois

Si tu était un CD ?
Donny Hathaway – Everything is everything

Un film ?
La vie est belle

Une ville ?
Alger

Un plat ?
Des frites !! Quel plaisir d’être une frite et de donner autant de plaisir à celui qui te mange !

Un instrument ?
Un piano

Kayna, merci de nous avoir accordé cette interview… un dernier mot pour nos lecteurs ?
Communauté RNBJAM, écoute bien (rires) ! Un gros bisou à tout le monde, j’espère que l’album vous plaira, en tout cas je ne sais rien faire d’autre qu’être moi-même… bonne continuation à tout le monde et à tout ce qu’ils entreprennent, qu’ils gardent la pêche et restent une jeunesse combative, croyez en vos rêves, longue vie à votre site et à vos internautes !

Site officiel de Kayna Samet



Déposée le 04/05/2005 par Sophie - Source: rnbjam.com - vu 900 fois



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