Interview › Majesty

Majesty
Tu es un nouveau venu dans le paysage R’n’B français. Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Majesty, jeune chanteur R’n’B de 25 ans, d’origine marocaine, qui a beaucoup d’ambition et la soif de vaincre. 

Tu viens de province. N’est-ce pas plus difficile pour toi de t’imposer ?
Je pense que le passage à Paris est essentiel vu que dans le mouvement hip hop tout se fait à Paris. Mais je pense surtout que le plus important c’est le talent que tu viennes de province ou pas. Après tout est une question d’organisation. Le fait d’être en province n’est pas toujours facile, ça prend un peu plus de temps, il faut que je fasse des allers-retours. Mais avec une bonne organisation, le travail se fait. Je travaille chez moi et mon label est sur Paris. Je suis un artiste solo mais c’est comme si on était 2. C’est peut-être un peu plus difficile mais le travail aboutit. Donc au final ça ne change pas grand-chose. 

Dans un de tes titres tu dis : « Acclamez le grand successeur, l’héritier du trône, le nouveau Prince des Lovers ». Majesty ne semble pas rimer avec modestie…
C’est sur « l’héritier » qui est un morceau egotrip. Personne n’ose le dire, moi je l’ai dit. C’est juste que j’essaie de me démarquer par rapport à ce que je vois sur le marché à l’heure actuelle. J’essaie de me démarquer de ceux avec qui j’ai peur qu’on me confonde. 

Que penses-tu apporter de nouveau ou de plus au R’n’B français ?
J’aimerais bien déjà lui apporter une crédibilité car je pense qu’il y a pas mal d’artistes et de majors qui ont sali le nom « R’n’B ». En France il y a beaucoup de monde à qui ça ne veut plus dire grand-chose. Ça m’embête… J’aimerais et j’essaye juste de redorer un peu le blason, de revaloriser un peu le mouve. J’aimerais démontrer que le R’n’B n’est pas juste une espèce de variet de rue, mais plutôt un vrai mouvement. Les premières chances je pense qu’on les a données à des personnes qui n’étaient pas forcément à la hauteur, en tout cas c’est mon avis. Mais petit à petit ça vient, je vois 2-3 trucs qui apparaissent et qui commencent à me plaire un peu plus, qui commencent à être un peu plus crédibles. J’essaye juste d’apporter ma touche perso. 

Tu vas donc sortir un street CD, « L’Héritier ». C’est assez rare d’entendre parler de street CD dans le R’n’B. Pourquoi ne pas avoir sorti directement un album ?
Parce que ça faisait un moment qu’on parlait de sortir un album, et on avait envie de laisser une empreinte maintenant. On avait envie de faire parler de moi tout de suite, de donner un avant-goût au public. Donc on a sorti un street album en espérant qu’il marchera en attendant de sortir le prochain vrai album. L’album est déjà en préparation, il sera beaucoup plus fourni artistiquement, beaucoup plus travaillé, beaucoup plus professionnel, chaleureux et personnel. Mais avant je veux déjà tâter le terrain avec le street album. 

Tu as des morceaux qui sonnent hip hop, un autre reggae, un autre qui rappelle tes origines maghrébines… Est-ce que c’était important pour toi de ne pas t’enfermer dans un seul style ?
En fait je ne fais pas exprès. A la base j’aime beaucoup de styles de musiques différents. On me reproche souvent de ne pas me concentrer sur un seul style, mais je ne peux pas m’en empêcher. Ça élargit le public déjà pour commencer, ça peut plaire à plus de monde. Je suis mes envies, je fais la musique au feeling, je fais ce qui me plaît. Quand je travaille sur un son, personne ne vient pour me dire d’arrêter, donc je m’acharne dessus et je vais jusqu’au bout. Et donc quand il est fini, on le prend ! 

Quelles sont tes influences musicales ?
J’en ai beaucoup ! J’ai beaucoup été influencé par Boyz 2 Men vocalement, Ginuwine. J’aime beaucoup aussi toute la soul à l’ancienne, Marvin Gaye, Stevie Wonder… Après il y a pas mal de trucs que j’aime dans le reggae comme Jah Cure. J’aime beaucoup la musique orientale aussi, j’apprécie énormément Khaled, Cheb Mami… J’écoute beaucoup de salsa, de musiques latines. J’ai habité Perpignan et j’ai pas mal été bercé par les musiques un peu arabo-andalouses. J’ai été influencé par énormément de styles qui font de moi ce que je suis aujourd’hui. 

Tes sons sonnent très dancefloor. C’est important pour toi qu’on puisse danser sur tes sons en boîte ?
Oui mais c’est surtout dû au fait que comme j’étais danseur avant, j’ai gardé un goût pour les rythmes un peu rapides, les up tempos. Ça me plaît aussi de chanter dessus donc du coup j’en fais pas mal. Il y a cette partie de moi qui aime faire ce genre de sons aux beats un peu chaleureux, qui bougent… et puis cette autre partie de moi qui aime bien aussi tout ce qui est ballade, slow, assez lover, cool, ambiance romantique… 

Tu as posé sur pas mal de compiles produites par la Distrib Productions. Le fait qu’ils produisent ton album est une suite logique ?
Bien sûr, de toute façon c’était un peu convenu comme ça dès le départ. En fait à la base ce sont des DJs de vers chez moi DJ Kiffone et DJ J.B qui m’ont présenté à la Distrib qui produisait leurs compiles. Des liens se sont créés avec le temps, maintenant c’est comme la famille. Donc c’est venu assez naturellement. Je me verrais mal ailleurs. Avec quelqu’un d’autre je pense que ça n’aurait pas été pareil. Là je fais ce que je veux, le produit il est comme je le veux moi, bien sûr après on prend des décisions ensemble, j’écoute les avis de tout le monde. En fait j’ai une certaine liberté que je n’aurais peut-être pas ailleurs. 

On peut remarquer que tu chantes beaucoup en anglais. Est-ce qu’il y a des titres en anglais sur le street album ? Et est-ce qu’il y en aura sur l’album ?
En fait sur le street CD ce sont des extraits de freestyles que j’avais posés sur des mixtapes qu’on a repris, certains en guise d’interludes, certains en guise de bonus tracks. En fait à mes débuts je chantais en anglais parce que je trouvais que le R’n’B sonnait mieux en anglais qu’en français. Au début je ne voyais pas un grand avenir pour le R’n’B français et puis petit à petit je me suis mis à y croire et à m’investir dedans. De toute façon on a réussi à faire du rock français, du rap français donc pourquoi pas du R’n’B français ? Le fait d’entendre les gens appeler R’n’B tout ce qu’ils écoutent à la radio, toutes les « soupes » qui passent, alors qu’on écoute du R’n’B cainri et qu’on sait que c’est totalement différent, ça m’a donne envie de redorer le blason en chantant en français. Je continue toujours un peu à chanter en anglais pour moi, en studio ou bien en freestyle sur des showcases mais sinon à l’avenir je veux éviter. Pour mon album de toute façon ça ne servirait à rien, on est en France et les gens ça les choquerait de voir un français qui n’est même pas français chanter en anglais ! 

A l’époque pourtant Organiz le faisait bien…
Ouais Organiz ça a marché je ne sais pas comment mais ça n’a pas marché longtemps non plus ! Moi je ne pense pas que ça puisse marcher en tout cas. Dans les années 80 ça aurait peut-être pu marcher parce qu’il y avait quelques artistes qui chantaient en anglais. Mais maintenant le public français est tellement exigeant que si un gars chantait en anglais on dirait tout de suite mais il se croit où ? 

Dans le R’n’B on a souvent l’habitude de textes et de thèmes un peu gnangnan… Quels thèmes peut-on retrouver dans ton street album ?
Comme cet album il était fait à la base pour marquer Majesty, il n’a pas été élaboré en suivant des thèmes précis. C’est assez varié. Des morceaux comme « l’Enfer est sur Terre » avec Hi Test ou « Nouvelle génération » parlent un peu de la société, « Le monde est à moi » traite de l’immigration en opposant le point de vue des 2 côtés, des 2 pays. Dans « Les Ladies comme ça », je parle des meufs qui choquent, qui se prennent pour des hommes et qui ne sont plus des meufs justement. Après certains morceaux parlent plus des relations homme-femme. Mon objectif avec « l’Héritier », c’est vraiment de me démarquer des autres et des clichés que les gens ont du R’n’B français. 

Peux-tu nous parler des éventuels featurings ?
On retrouve un featuring avec Hi Test, un groupe de ragga signé chez la Distrib, et qui est composé de Junia Pat et King Phostee. Ce dernier a sorti un album il y a maintenant 4 ans et revient avec son acolyte pour un album qui va arriver bientôt. Donc je les ai invités en fait à remixer un morceau qui s’appelait « Salam » et qui est devenu « L’Enfer est sur Terre ». Il y a un morceau avec Pragz un mec de chez moi qui rappe sur « les Ladies comme ça », à la base c’était un délire plus qu’autre chose mais on a fait le morceau, il était cool donc on l’a gardé. Il y a un morceau avec Madjid, un chanteur de raï de Perpignan qui tourne pas mal dans toute la France avec un groupe arabo-andalou, c’est un mec qui a une super voix et j’ai tenu à ce qu’il soit sur l’album. J’ai voulu que ce soit en rebeu mais sur un son slow parce que ça ne se fait pas beaucoup. Je trouve que ce morceau est vraiment touchant. Il y a aussi un featuring avec Alibi Montana sur le morceau « Street » qui dit que même en province il y a des rues ! (Rires) 

Es-tu simplement interprète ou bien aussi auteur et peut-être compositeur ?
Je suis auteur, compositeur, interprète mais pas sur tout cet album en fait. Je ne suis pas compositeur de tous les morceaux mais par contre je suis auteur et interprète de tous les titres. Je pense que dans le prochain album il y aura plus de composition venant de moi. 

Tu préfères le chant ou bien la composition ?
Je kiffe les deux. Après ce sont deux manières différentes de travailler dans la musique. Les deux sont prenants. Mais c’est vrai que ce qui me passionne le plus depuis le début c’est le chant. Ça ne me dérangerait pas de faire un album sans instrus, a capella. Mais le fait de composer même pour les autres, c’est vraiment sympa aussi ! 

Tu parles de composer pour d’autres artistes mais est-ce que tu pourrais écrire pour d’autres ?
Non écrire je ne pense pas. J’ai déjà du mal à écrire pour moi, à exprimer les choses comme je le voudrais. Donc je ne pense pas que je serais bon à le faire pour quelqu’un d’autre. 

Quelle est l’importance de la scène pour toi ?
Le contact avec le public est très important. Comme je disais tout à l’heure, le public français est exigeant. Sur scène t’as intérêt à assurer. Si t’assures tu sais que tu peux mettre le feu et te faire plaisir. C’est important. Je pense qu’il y a un besoin mutuel entre le public et l’artiste. On a chacun besoin de l’autre. Le public c’est la récompense directe en fait. 

On sait qu’au niveau du rap français il y a beaucoup de prétendants et très peu d’élus. Penses-tu qu’il en soit de même en ce qui concerne le R’n’B ?
La différence c’est que le rap français a du vécu déjà. Le R’n’B n’a pas encore fait son temps, il n’a pas encore connu son heure. Je ne prétends pas être le numéro 1 ni celui qui va réussir à prouver que le R’n’B n’est pas ce que les gens croient. Mais je pense que ça se fera un jour ou l’autre et qu’il finira par se crédibiliser. Il y aura un élu je pense, un mec qui comme dans le rap français pourra vendre presque un million d’albums. Je pense qu’à l’heure actuelle c’est moins évident dans le R’n’B de se faire une place. Des chanteurs R’n’B qui sont là depuis longtemps il n’y en a pas beaucoup. Je pense que quelque part il n’y a pas autant de place dans le R’n’B que dans le rap. Il y a beaucoup de gens qui se disent chanteurs mais très peu arrivent à percer. Je pense que dans le R’n’B c’est tout ou rien. Soit tu es tout en haut, soit tu es tout en bas, contrairement au rap où il y a un réseau underground et beaucoup d’indés.  

Sans forcément balancer, peux-tu nous dire justement ce que tu penses de la scène R’n’B actuelle ?
Je pense qu’il y a des progrès par rapport à il y a quelques années. Je pense qu’elle fait des erreurs de temps en temps, elle se pète un peu la gueule, elle se relève… Mais je garde espoir, je pense qu’on y arrive petit à petit, qu’on va réussir à créer une véritable identité au R’n’B français. Aujourd’hui c’est une période un peu tendue. Si tu parles de R’n’B à un mec de cité il va te sortir des noms qui ne te parlent pas, qui ne sont pas en fait R’n’B. J’ai une anecdote : une fois je parlais avec la soeur d’une copine. Elle apprend que je suis chanteur et je lui fais écouter un peu ce que je fais. Le premier truc qu’elle me dit c’est « C’est bien ce que tu fais ! Tu chantes bien ! C’est comme du Tragédie un peu ! ». Quelque part ça fait plaisir ! (Rires) Mais quelque part c’est vexant… Je la subis un peu la scène R’n’B française pour l’instant. J’aimerais bien en faire autre chose. 

La plupart des artistes R’n’B actuels sont signés en maison de disques et ont de gros moyens. Qu’en est-il pour toi ?
On n’a pas énormément de moyens mais on arrive à se démerder, et surtout on se bouge le cul ! Il faut savoir aussi que dans mon label les producteurs sont peu nombreux. Ils sont deux, ils gèrent le truc à deux et ils se donnent à fond. Jusqu’ici tout va bien. En major, c’est la même chose que nous mais puissance 10. C’est vrai si on était signés en major, on pourrait déléguer certaines choses, gagner du temps, avoir plus d’argent, tout irait plus vite ! Mais bon on ne se plaint pas, ça va très bien. Maintenant c’est sûr qu’on espère encore mieux, qu’on vise haut. Mais on a su se débrouiller et jusque là on est fiers de ce qu’on arrive à faire. 

L’idéal serait peut-être une licence pour pouvoir garder une certaine liberté dans la façon de travailler vos projets tout en ayant les sous de la major…
L’idéal ça serait une licence, le disque d’or, ça serait tellement de chose ! (Rires) 

Le street album « L’Héritier » va sortir le 13 juin et pour ce qui est de l’album ?
Ça sera courant 2007, le plus tôt possible mais je ne préfère pas m’avancer au niveau de la date. Je veux prendre mon temps pour faire un truc vraiment propre. On a déjà 2 ou 3 titres qu’on a mis de côté, quelques featurings qu’on compte mettre en place. 

Quelque chose à rajouter peut-être ?
Big Up à tout le monde et à tous les lecteurs de Stand Up ! Rendez-vous le 13 juin pour la sortie de « L’Héritier ». J’espère que vous irez pécho l’album à la Fnac, Virgin ou chez votre disquaire le plus proche. Vous pouvez retrouver des extraits de l’album en écoute sur www.10trib.com et sur RnBjam (dans la rubrique album).


Merci au magazine STAND-UP pour cet interview.



Déposée le 16/06/2006 par lordsam - Source: STAND-UP Mag - vu 1331 fois



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