Boulimique de travail et de sortie en tout genre, R. Kelly nous aura fait cette fois patienter près de 2 ans depuis la sortie de son dernier album, faisant monter le buzz ces derniers mois à travers une multitude de remixs. Ces extraits avaient d’ailleurs annoncé la couleur, l’intéressé l’avait confirmé au détour d’un répondeur téléphonique, le Robert 2007 sera Hip-Hop ! Et ce quitte à creuser le fossé entre les différentes générations de fan que cette artiste ,à la carrière longue de plus de 15ans, aura drainé à travers le monde. L’attente est donc longue avant le plat de résistance prévu pour le 29 Mai. Pour patienter, en guise d’apéritif, la tracklist et le tubesque « I’m a Flirt ». Un coup d’œil à la liste des invités nous confirme rapidement qu’il n’a décidément aucun mal à attirer des invités de marque de Ludacris à Huey, la dernière sensation sortie de Saint-Louis, en passant par un invité mystère : Kid Rock. CD en main, il ne nous avait pas menti : Kellz, toutes chaînes dehors, est plus Bling Bling que jamais. Entre appréhension et impatience « Double Up » est tout proche de rendre son verdict.
D’entrée, l’intro nous plonge dans ce que va être l’album, sur un violon énergique, R. Kelly tel un boxeur (« Left jab, right hook ») enchaîne les rounds, oscillant entre rap et chant. Se livrant un peu plus qu’à l’accoutumée, on retrouve un personnage torturé entre assurance : « I’m clever, enough to know that the industry needs me » et doute : «Confess my sins but still didn't find peace », une double personnalité qui l’a suivi tout au long de sa carrière, notamment au travers de l’opposition entre ses cotés sexuel et spirituel. A la première écoute ce qui frappe tout d’abord c’est la diversité des sonorités, en effet Robert semble plus s’inviter dans l’univers de ses partenaires que l’inverse. On le retrouve ainsi sur du rock ou encore dans « Tryin’ to Get a Number » (Et oui lui aussi il galère pour gratter des numéros en boite !) à poser sur une une instru taillée sur mesure pour Nelly. Et même si il arrive à tenir la dragée haute au petit ami d’Ashanti, les aficionados de la première heure risquent d’être déconcertés par ces nouvelles expériences. Dans un autre soucis d’éclectisme on notera une grande première dans les albums siglés R. Kelly, l’apparition de producteurs extérieurs. Si le livret nous indique que toutes les pistes ont été produites par lui même, nombreuses sont les co-productions, signées Lil’ Ronnie, The Runners ou encore Mysto & Pizzi. L’album y gagne autant en efficacité qu’il perd en cohérence.
Heureusement certains titres ressortent du lot dès les premières notes, c’est le cas du titre éponyme avec Snoop Dogg, un des meilleurs de l’album. Sur une instru des plus entraînante avec sa petite voix samplée, Kellz nous raconte comment désormais il ne ressort plus de boite avec une charmante demoiselle mais avec deux, cela semble même être son quotidien (« Doublin’ up for me is like routine’s player »). Et si il reste relativement sage : « one will suck my toes while one braids my hair », son acolyte lui est beaucoup plus explicite : « Kiss me, kiss her, now kiss each other ». Tout simplement jouissif . « Freaky in the Club », un mid-tempo qui sent bon le sable chaud, accroche aussi irrémédiablement l’oreille. A écouter sur une plage des Caraïbes, une Pina Colada à la main. Si il est des chansons qui suscitaient une grosse attente sur ce CD, « The Zoo » en fait assurément partie. Les différents a capella entendus durant ses concerts avaient fait monter la pression et force est de reconnaître que le résultat est encore meilleur que ce à quoi on s’attendait. L’instru colle parfaitement au thème et nous offre une ambiance feutrée pour entendre R. Kelly renouer avec une de ses grandes spécialités, la métaphore sexuelle. Tous les animaux de la jungle, jusqu’au plus improbable (« I’m your sexasaurus »), y passent, nous rappelant ainsi qu’à 40 printemps il n’est pas prêt de s’assagir. Connu depuis un moment déjà, le single « I’m a Flirt » produit toujours son petit effet. Même si à force de l’avoir écouté on en oublierait presque que c’est un des meilleurs titres de l’album. Survient ensuite le gros morceau de l’album : « Same Girl » en compagnie d’Usher. Quelques semaine auparavant le titre a filtré sur internet, l’effet de surprise l’a tout de suite propulsé au sein du U.S. Billboard Hot R&B/Hip-Hop Songs, en faisant ainsi la meilleure entrée depuis 4ans. La collaboration aussi rêvée qu’inattendue, la prestation vocale parfaitement maîtrisée et la surprise de voir les deux players pris à leur propre piège en feront à coup sûr un hit en puissance. On note d’ailleurs à cette occasion le retour de Robert aux chansons « conversation » comme il nous avait habitué notamment à travers la saga avec Mr Biggs. Et que dire de « Real Talk » ? 3 minutes de dispute vu du coté d’un Pied Piper accusé de fricoter dans les clubs (C’est pas son genre pourtant), pas de refrains, juste un dialogue de sourd qui monte en intensité pour finir en insulte. On aime ou on déteste, mais à l’heure du R & B guimauve ce genre de titre a le mérite de détonner. La track suivante « Hook it up » se démarque d’emblée par la qualité de sa production, une boucle de piano entêtante et une grosse basse agressive font office de tapis rouge qu’un Kellz, toujours avec son rap chanté, et Huey s’empressent de venir fouler avec classe. Autre morceaux de choix, la collaboration avec Keyshia Cole et Polow Da Don laissait présager du meilleur. Dans un dialogue à trois au parloir avec sa femme et son meilleur ami, R. Kelly est plus que jamais dans son rôle de détenu (« This toilet paper be cuttin' my ass I need some roles of tissue »). S’instaure alors un quiproquo autour d’une prétendue aventure entre les deux premiers cités. Un très bon titre qui aurait pu virer à l’excellent si toutefois Polow Da Don était un chanteur et surtout si la compagne de Young Jeezy avait pu exprimer la puissance vocale qu’on lui connaît.
On accordera également une attention particulière à « Leave Your Name », nouvelle preuve, si besoin en est, de l’inventivité du personnage, mais surtout à l’enchaînement « Sweet Tooth », « Havin’ a Baby » et « Sex Planet », trois slow jam d’inspiration typiquement R. Kellyenne. Enfin la touche finale « Rise Up », en hommage aux victimes de la tuerie de Virginia Tech, rentre dans la droite lignée des chansons plus spirituelles comme « Storm Is Over Now ». Tout ceci côtoyant des titres plus anecdotiques comme « Rollin’ ».
« Double Up » ne sera donc pas l’album qui mettra tout le monde d’accord, l’équilibre difficile entre Hip-Hop moderne et ballade dont lui seul à le secret laissera sûrement nombre de fans sur leur faim. Mais cela ne doit cependant pas nous faire occulter les excellents titres qui jalonnent ce disque. Gageons aussi qu’avec ses morceaux calibrés ce LP connaîtra probablement un succès supérieur à son prédécesseur « TP3 Reloaded ». Au final il en ressort que ce CD est un très bon album, sans être un grand album de R. Kelly, paradoxe d’un artiste qui nous a habitué à façonner le R & B au travers de chacun de ses opus. R. Kelly est mort, vive R. Kelly, jamais slogan n’aura sembler si bien coller à celui qui se surnomme lui même « The King of R & B »…
Déposée le 10/06/2007 par williz - Source: rnbjam.com - vu 2679 fois
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